Greenpeace se réjouit de l’arrêt des réacteurs de la centrale de Fessenheim

Ce samedi matin à 2 h 30 le réacteur numéro 1 de la centrale de Fessenheim cessera de fonctionner. L’arrêt du second réacteur est prévu le 30 juin. Le démantèlement commencera après cette date et durera jusqu’en 2040.

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Un rendement moindre pour ravitailler les pays étrangers

En 2019, les réacteurs de Fessenheim ont produit 12,3 térawatts-heures (TWh). Ce volume représente 90 % de la consommation annuelle de l’Alsace. Il correspond à 2 % du rendement total d’électricité en France, selon EDF propriétaire du site.

L’entreprise assure que son arrêt n’aura aucun impact négatif sur la fourniture d’électricité en France. En effet, d’après le bilan de RTE, 84 TWh excédentaires ont été exportés en 2019, contre une importation de 28,3 TWh. Ainsi, le solde des échanges positifs se situe à 55,7 TWh entre la France et les pays voisins.

Le risque de pollution est toujours présent

Yannick Rousselet, responsable des questions nucléaires chez Greenpeace, se félicite de la démarche. Selon lui, la fermeture supprime les risques de rupture de la digue du grand canal d’Alsace et ceux dus à un éventuel séisme. Le responsable reste toutefois inquiet sur les dangers du déchargement du combustible dans les piscines de désactivation. En effet, les bassins sont localisés dans des « bâtiments BK » qui sont de simples hangars agricoles dépourvus de systèmes de protection contre les éventuelles agressions.

Le responsable souligne les risques du démantèlement pour la nature. Il explique que : « le gros potentiel de réactivité aura disparu après l’évacuation du combustible jusqu’à l’usine de retraitement de La Hague ». Cependant, les rejets dans la nature ne sont pas à exclure durant le rinçage et la découpe. Il rappelle également la présence du tritium qui laissera des traces sur le terrain. Malgré ces risques, le responsable loue la suppression des gaz et des rejets radioactifs.

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L’arrêt a suscité le mécontentement d’ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives ou CEA. D’après lui, une centrale nucléaire qui est censée tourner, mais à l’arrêt, sera remplacée par des centrales à charbon et à gaz.

Qu’en est-il de la perte d’emplois ?

L’arrêt des réacteurs a laissé planer une menace de chômage élevé dans la zone concernée. Se voulant rassurante, Élisabeth Borne a affirmé mercredi qu’« il n’y aura aucune perte d’emploi liée à la fermeture de la centrale nucléaire ». Elle affirme qu’« on entre dans le dur, mais on s’est assuré auprès d’EDF que les salariés retrouveront un emploi ». Elle a ajouté un accompagnement particulier au profit des sous-traitants.

Malgré ces affirmations, la réalité semble tout autre. « Beaucoup ne savent pas où aller », s’inquiète la déléguée syndicale CFE-CGC Anne Laszlo. 170 employés vont devoir quitter les lieux et un tiers d’entre eux ignorent quoi faire. À l’heure actuelle, 645 salariés et 300 prestataires travaillent sur le site. En 2025, ils se réduiront à 60 salariés d’après EDF.

Et l’avenir de Fessenheim ?

Le maire de Fessenheim prévoit un exode de quelques 400 à 500 personnes sur les 2 400 habitants. Selon l’Insee, l’activité de la centrale est étroitement liée aux salaires de 5 000 personnes. Pour ceux qui envisagent de rester, ils pourront se tourner vers le port fluvial de Colmar–Neuf-Brisach qui laisse entendre un développement. L’année prochaine, une zone économique appelée EcoRhéna sera lancée. Ce nouveau programme attirera assurément l’attention des entreprises allemandes et françaises. La création d’un technocentre de retraitement des composants métalliques des centrales en arrêt semble également prochaine.

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Par ailleurs, depuis 2018 l’État a octroyé une enveloppe de 30 millions d’euros destinée à compenser les pertes fiscales (à hauteur de 6,5 millions d’euros par an). Le président de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach en conclut : « on sait que les 15 prochaines années seront difficiles ».