Le dispositif d’isolation à un euro s’est-il réduit au statut de machine à escroquerie ?

L’isolation à 1 euro est sujette à controverse. Très récemment encore, elle est parvenue à détourner plusieurs millions d’euros. Le système a échappé à l’emprise du gouvernement et a favorisé les arnaques sous toutes ses formes. L’État a été obligé de prendre les devants pour recadrer ces dérives.

Un système censé privilégier les particuliers

L’isolation à 1 euro se définit comme un dispositif étatique lancé en 2017. Le système s’appuie sur le principe de pollueur-payeur. C’est plus de 1 300 entreprises (des fournisseurs d’énergie) qui participent à son financement. En échange, ces firmes obtiennent le Certificat d’Économie d’Énergie ou CEE, gage de leur bonne foi. En effet, cette contribution financière leur permet de contourner de manière tout à fait légale les lourdes conséquences pécuniaires de leurs activités non ecofriendly.

Le dispositif profite aux particuliers qui y voient là une opportunité d’économie d’énergie à moindre coût. Un ménage peut épargner jusqu’à 30 % de sa facture habituelle d’énergie à la suite d’une rénovation énergétique. La réalité est cependant tout autre, car le fossé entre le résultat escompté et l’économie d’énergie réelle est profond. Une étude récente de l’ADEME datant du décembre 2019 a fait état d’un investissement à hauteur de 1000 euros pour aboutir à une économie énergétique infime de seulement 8,29 euros par an ! Cette somme modique sous-entend un retour sur investissement de 120 ans, de quoi être perplexe.

Explosion du chiffre d’affaires des professionnels de l’isolation

En paradoxe, les professionnels mandatés pour des missions d’isolation à 1 euro des appartements et des maisons ont pratiquement doublé leur chiffre d’affaires. Face à cette explosion de bénéfices, la compétition s’est intensifiée. La concurrence a encouragé les pratiques déloyales, présageant une arnaque certaine dans le secteur.

Pour le président de PrimeEnergie.fr et expert en isolation, Nicolas Moulin, la rivalité féroce entre les entreprises a été le moteur des escroqueries. Des pseudo-professionnels s’autoproclament organismes étatiques et n’hésitent pas à rehausser leur prix.

Des pratiques illicites sous différentes formes

Leur stratégie, c’est d’intégrer des logos du gouvernement sur leur site, leur publicité, leur affichage pour gagner la confiance des ménages modestes. D’après un conseiller de l’ADEME, les entreprises se prennent pour des représentants d’un département ou d’une région, inventant même de faux profils. Elles ciblent essentiellement les personnes d’un âge avancé.

La partie rénovation stricto sensu compte parmi les formes multiples de l’arnaque à l’isolation à 1 euro. Le prestataire propose un délai d’exécution relativement court. Évidemment, un travail effectué à la hâte ne respecte pas les normes en vigueur, ce qui peut entraîner :

  • Une absence de l’économie d’énergie ;
  • Une hausse de la facture d’énergie ;
  • Un risque d’incendie ;
  • Une dégradation graduelle du bâtiment.

L’abus du démarchage téléphonique

Les entreprises se sont lancées dans le démarchage téléphonique abusif pour développer des travaux à la chaîne et multiplier les gains. Cependant, cette pratique a été rendue illégale depuis le 31 janvier dernier pour l’isolation à 1 euro, la rénovation énergétique, la vente de fenêtres et de chauffages.

Rappelons que cette initiative a déjà été réclamée depuis 2018 par l’association des consommateurs UFC-Que Choisir. Le démarchage à domicile est, quant à lui, toujours autorisé.

Le gouvernement prend les devants

Le travail n’est guère à l’image de la publicité mensongère. La qualité médiocre des travaux d’isolation des portes, des murs, des garages, des combles n’entraîne qu’un faible impact sur la facture finale. D’après la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes ou DGCCRF en 2019, les chantiers contiennent à 56 % de défaillances, voire des anomalies. Conséquence : les ménages manifestent leur mécontentement et les plaintes explosent de +20 %.

L’État se voit contraint de réagir. Le gouvernement a renforcé les paramètres d’obtention du label RGE (une certification essentielle à la pratique de l’isolation à 1 euro). De plus, il a délégué le choix des chantiers à visiter et à traiter entre les mains d’organismes de contrôle, comme Qualibat (et non plus aux entreprises classiques). À ces nouvelles mesures s’ajoute un contrôle minutieux des travaux à haut risque tels que l’isolation des combles ou le changement d’une chaudière.

Pour compléter, la politique de Name and Shame a été mise en place. Elle consiste à identifier et dévoiler au grand jour le nom des entreprises fautives.

Pourquoi une telle dérive de l’isolation à 1 euro ?

Nombreux sont les dispositifs proposés par l’État pour venir en aide aux particuliers modestes, multipliant les demandes en rénovation et en isolation. Le métier est, par conséquent, devenu très lucratif. Les particuliers sont incapables de maîtriser les rouages du dispositif d’isolation à 1 euro pour tous, ce qui laisse le champ libre aux démarcheurs. Ils misent sur l’ambiguïté du système pour soutirer un maximum de profits.

Le 9 mars dernier, l’association des consommateurs UFC-Que Choisir a obtenu l’aveu d’un démarcheur, Sylvain, sous-traitant de’un fournisseur de renom. À ses débuts, il a reconnu « avoir eu des doutes » sur les méthodes de son employeur. Toutefois, il a estimé qu’« on gagne tellement bien sa vie qu’on oublie vite ».