Les émissions de CO2 pourront-elles baisser ?

Les émissions de CO2 ont connu 2 années de hausses (en 2017 et en 2018). 2019 a connu une stabilisation inespérée des GES. Ce pic ranime les espoirs de certains écologistes. D’autres pensent qu’il ne s’agit que d’une petite pause avant la reprise du cycle.

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Une légère baisse selon l’AIE

Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) n’a constaté aucune hausse des émissions de CO2 pour 2019. En effet, les gaz à effet ont été à 33 milliards de tonnes l’année dernière, soit la même qu’en 2018. Cette étude donne-t-elle des raisons d’espérer ? se demande le directeur général de l’Institut de l’économie pour le climat Benoît Leguet.

En observant les données, les chiffres stagnent, même s’ils ne baissent pas pour autant. Ce phénomène trouve 2 explications : le développement des énergies renouvelables (énergies solaires et éoliennes) et le délaissement du charbon au profit du gaz naturel. Ces mesures ont divisé par 2 les émissions de CO2 des centrales.

La marche vers la neutralité carbone

A noter tout de même que l’enquête de l’AIE exclut de son champ le secteur énergétique qui occupe 80 % des émissions de CO2. Elle ne prend pas en compte la filière agricole ainsi que les GES issus de la déforestation massive dans les régions tropicales. Certains spécialistes pensent que le niveau de pollution de 2019 n’est qu’une petite pause de ce qui va suivre. La baisse ou la hausse des GES dans les années à venir dépendra des choix d’investissements, des mesures environnementales et des budgets publics ainsi que de l’usage de la finance. Les comportements futurs des consommateurs détermineront l’ampleur des dégâts environnementaux.

Le fait est que conserver la Terre sous les 2 °C implique une sobriété carbone à l’échelle mondiale dans la seconde moitié du siècle. En d’autres termes, l’humanité n’a que 50 ans pour réduire, voire supprimer les émissions de GES. Cette limitation doit s’accompagner de mesures incitatives et convaincantes. Malgré cela, les scientifiques s’inquiètent de l’avenir de la planète à cause de la lenteur de la transition.

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Adopter des mesures draconiennes

Selon Philippe Ciais, directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, les émissions de 2019 ne laissent présager aucun avenir optimiste. Pour confirmer la baisse du CO2, une stagnation d’une durée minimum entre 5 et 6 ans est obligatoire. La baisse doit concerner tous les pays du monde et non pas seulement quelques régions. De plus, les GES doivent se résorber d’au minimum 6 % chaque année pour espérer un avenir prometteur.

Le directeur rappelle la hausse croissante de la pollution en Chine et en Inde. Il conseille la mise en place de mesures contraignantes pour éradiquer le charbon, une énergie encore très en vogue. Dans cette optique, le responsable préconise la fermeture des centrales à charbon, l’usage du gaz naturel (à court terme), le développement des énergies renouvelables et la baisse des prix des énergies vertes.

Taxer impérativement le charbon

Parvenir à la neutralité carbone passe par une taxation du charbon. L’UE a déjà instauré un système de quotas d’émissions, dont le dépassement engendre une taxe. Le directeur propose d’élargir cette mesure à d’autres filières plus polluantes et assigner puis atteindre des objectifs chiffrés et datés.

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Le gouvernement a sa part de responsabilité dans la limitation des demandes en énergie fossile. L’État doit encourager la population à adopter les moyens de déplacement doux et instaurer des lois écoresponsables. L’action doit toucher le système financier par une interdiction de financement des projets pollueurs et non conformes aux critères ESG. Le directeur compare ces mesures à une sorte de puzzle qui complète la transition écologique et parvient la neutralité carbone de 2050.