Blocage des raffineries : plus de peur que de pénurie

Si certaines raffineries du pays ont été bloquées, cela a suscité plus de craintes auprès de la population que de véritables pénuries. Mais qu’en est-il réellement ? Doit-on s’inquiéter ou non ? Selon les spécialistes, même un mois de blocage au sein des raffineries ne causerait pas de pénurie d’essence. Les détails sur le sujet.

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Sept raffineries sur huit en grève : une situation alarmante ou non ?

D’après la CGT, sept raffineries sur huit sont bloquées. Ce, à cause de la grève contre la réforme des retraites qui a débuté le mardi 7 janvier 2020. Parmi celles-ci figure la raffinerie de Grandpuits située en région parisienne. Depuis le 5 décembre 2019, celle-ci fonctionne à faible régime. Un ouvrier travaillant sur ce site indique qu’aucune raffinerie n’approvisionnera les stations-service.

Sur les médias sociaux, le délégué syndical central de chez Total, Thierry Defresne, attire l’attention sur le fait que la pénurie est un risque non négligeable. Il précise que plus de 4 jours sans approvisionnement de carburant des dépôts et stations-service ne peuvent qu’aggraver la situation. Il est plus que temps de prendre des précautions, rajoute-t-il.

Pour sa part, le gouvernement rassure la population. Édouard Philippe informe que sur les 200 dépôts pétroliers, les blocages ne sont effectifs que sur un ou deux dépôts. Il ajoute que les préfets solliciteront les autorités publiques afin de parer à tout problème de ravitaillement. Élisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire, est du même avis. Elle déclare que les stations-service sont jusqu’à ce jour ravitaillées comme il faut.

Les opinions de Francis Perrin sur la situation

Expert en problèmes énergétiques et directeur de recherche à l’IRIS ou Institut des relations internationales et stratégiques, Francis Perrin indique que cette situation a déjà été vécue par le passé. Cela a notamment été le cas alors que la loi Travail avait été contestée. Cela n’a pourtant pas abouti à une pénurie de carburants. Selon lui, pour ne pas empirer la situation, le gouvernement peut faire intervenir les forces de l’ordre.

La grève est certes un droit. Cependant, aucun texte ne stipulant que les blocages soient admis, l’État est parfaitement en droit de recourir à la force, sachant qu’il ne peut pas s’autoriser à ce qu’une pénurie survienne. Comme tout autre pays dans le monde, l’hexagone est dépendant du pétrole. Les blocages de raffineries pourraient donc avoir des impacts sur l’économie nationale.

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Toutefois, ce qui est sûr, c’est que ces mobilisations engendrent surtout des inquiétudes non fondées parmi la population, plutôt qu’une réelle pénurie. Il faut souligner que la logistique pétrolière de la France est en béton et ce, depuis qu’elle a été touchée par le choc pétrolier durant les années 1970. Le pays a alors appris à remédier à tout risque d’insuffisance de carburants.

À l’heure actuelle, s’il existe de vrais problèmes, ce serait à raison de 2 à 3 % de stations-service en pénurie dans le pays. Ce n’est pratiquement rien, même s’il faut noter que la France ne produit pas, mais importe du pétrole. Bref, le blocage des raffineries n’est aujourd’hui qu’une nuisance psychologique et ne peut aller jusqu’à une pénurie effective.

Des réserves stratégiques en cas de véritables pénuries

Dans les pays de l’Union Européenne, des « réserves stratégiques » qui assurent 3 mois d’autonomie pétrolière sont toujours mises en place. Ainsi, si cette fois il y a risque de pénurie, le compte est encore loin, grâce à ces réserves.

Au vu de la conjoncture, il serait donc déplacé de parler de panne sèche. Il serait plus crédible d’évoquer une éventuelle pénurie par rapport aux tensions qui existent présentement en Irak et en Iran, en particulier pour ce qui est du Golfe Persique, passage obligé de plusieurs centaines de pétroliers.

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Dans tous les cas, 4 jours de mobilisations ne pourraient sûrement pas entraver la logistique pétrolière française. Pour cela, un mois de blocage serait nécessaire. L’heure n’est pas encore à la pénurie, que tout le monde se le dise.