Estimation de la pêche illégale par l’utilisation d’albatros-espions

La pêche illégale, l’un des fléaux auxquels les protecteurs de l’environnement veulent mettre fin, ne semble pas près de s’arrêter. Les chercheurs du CNRS et de La Rochelle pensent avoir trouvé la solution pour détecter les bateaux de pêche en mettant en place le programme Ocean Sentinel.

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La pêche illégale, une activité néfaste pour l’économie et l’environnement

La pêche illicite non déclarée et non réglementée est une forme de concurrence déloyale envers les pêcheurs licites. Elle s’effectue souvent en haute mer et dans les zones côtières des pays où les lois et contrôles ne sont pas assez rigoureux.

Cette forme de pêche du fait de son caractère illégal ne s’impose aucune forme de restrictions, et ce, que ce soit du côté des engins de capture utilisés ni de la quantité collectée. Les engins utilisés sont souvent très destructifs pour les écosystèmes marins. Les techniques utilisées sont même quelques fois, très préjudiciables pour la nature comme la pêche aux explosifs, au poison, etc. Étant non — réglementés, ces navires peuvent se permettre de collecter même les poissons juvéniles ou en âge de reproduction, ce qui porte préjudice à la biomasse et à la pérennisation des espèces capturées.

Le déséquilibre causé par ces faits détruit l’écosystème marin et porte atteinte à l’économie des pays concernés. Et ce, sans parler des conditions de travail relevant de l’esclavagisme qui règnent sur certains bateaux de pêche illégale.

Traquer les navires de pêche illégale

Les albatros, ces grands oiseaux de mer sont les partenaires privilégiés des chercheurs scientifiques du Centre d’études biologiques de Chizé ou CNRS/La Rochelle Université pour la réalisation de leur programme Ocean Sentinel. Ce projet relève d’une collaboration entre ces chercheurs et les équipes de la réserve naturelle ainsi que la société néo-zélandaise Sextant Technology.

Le projet consiste à détecter les bateaux de pêche sans système d’identification automatique ou AIS naviguant dans les mers du Sud de l’océan Indien. Au moins le tiers des bateaux repérés dans ces eaux internationales sont en effet, non identifiables.

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Les albatros ont la capacité de voler sur de longues distances et ont une attirance particulière pour les bateaux de pêche. Ce qui fait d’eux les candidats idéaux pour la réalisation d’Ocean Sentinel.

Durant les six mois de la durée de ce projet, environ 170 albatros ont été équipés de balises, et ensuite lâchés sur une surface d’au moins 47 millions de km2 de l’océan Austral. Leur utilisation a permis d’évaluer le nombre de navires qui s’adonnent à la pêche illégale dans cette zone. Il a été prouvé que plus du tiers des bateaux trouvés dans les eaux internationales ne peuvent pas être identifiés.

Localiser les bateaux non identifiés à l’aide de radars

Les balises portées par les albatros d’Ocean Sentinel fonctionnent sur le système Argos et sont dotées d’un GPS et d’un détecteur de radar miniaturisé spécial. En effet, même si les pêcheurs illégaux ne portent pas de système d’identification AIS, ils doivent quand même être équipés d’un radar pour pouvoir naviguer en mer.

Lors de son vol, lorsqu’un albatros se rapproche d’un navire, la balise qu’il porte détecte le signal, si faible soit-il, émis par le radar de ce dernier. Cette détection déclenche directement l’enregistrement de la position dudit bateau et l’envoi de cette information aux scientifiques. Lorsque la position indiquée ne correspond à aucun des navires enregistrés dans la zone économique, le bateau est probablement en train de s’adonner à la pêche illégale.

Le programme Ocean Sentinel est inscrit dans le cadre de celui de plus grande envergure ERC Proof of Concept. Il bénéficie du soutien de l’Institut polaire français Paul-Emile Victor. Ce projet vise à promouvoir le développement d’innovations qui permettent la collecte de données de conservation indépendantes en faisant intervenir des animaux.

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Ocean Sentinel est d’ores et déjà en phase de test en Nouvelle-Zélande et à Hawaï. La technique pourrait même dans un avenir proche être transposée à d’autres espèces animales marines telles que les tortues de mer, les requins, etc.