ITER ou le fantasme sur une énergie illimitée en Provence

ITER est un réacteur nucléaire expérimental situé en Provence, dans les Bouches-du-Rhône, à Cadarache. À son apparition, le projet s’est vu qualifié d’« inutile et imposé ». De nombreux scientifiques ont abondé en ce sens. Cependant, son financement est toujours en cours. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette expérience nucléaire déjà vouée à disparaître.

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Qu’est-ce que ITER ?

ITER désigne un projet ambitieux de maîtrise de la fusion nucléaire. Son principe part du fait qu’une réaction où les noyaux des atomes s’assemblent génère de l’énergie. Porté à haute température (environ à 15 millions de degrés), un plasma de deutérium et de tritium (des isotopes de l’hydrogène) fournit une haute puissance de fusion. Le programme consiste donc à produire pendant 6 minutes 500 MW d’énergies en consommant moins de 50 MW.

La démarche diffère des processus utilisés pour les centrales nucléaires : ITER est en fait une évolution du fameux Tokamak co-inventé dans les années 50 par le physicien soviétique Andreï Sakharov.

Le projet n’a pas généré l’effet escompté. L’initiative a vu le jour en 2005. Sa mise en place prévue en 2025, s’est vue ajournée à 2035. Pourtant, son investissement a été colossal (entre 19 à 60 milliards d’euros). L’échec résulte de 2 facteurs : le désintérêt des principaux acteurs concernés et l’inadaptation aux besoins des habitants.

Une source d’énergie contestée

Les promoteurs avancent des arguments très enthousiasmants :

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  • L’usage de deutérium et de lithium (des ressources en abondances et simples d’accès) pour produire le tritium
  • Le risque faible d’accident nucléaire
  • La perspective d’une ressource d’énergie inépuisable
  • Le levier économique profitable pour la France

Cependant, des scientifiques réputés tels que Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak, Sébastien Balibar, Thierry Pierre, Masatoshi Koshiba… qualifient le projet irréaliste. Ces experts estiment qu’à ce jour il est impossible de stabiliser les plasmas chauffés à haute température. De plus, la création de tritium avec du lithium est un procédé encore inabouti. Les scientifiques démentent le faible impact environnemental, car le réacteur émet de forts rejets de déchets radioactifs et toxiques. Il consomme énormément d’eau de refroidissement.

Un intérêt économique moindre par rapport aux estimations

Au cours du lancement du chantier, l’ambition économique avait atteint des sommets. Les promoteurs ont assuré la création de 324 postes dans le département des Bouches-du-Rhône, de 85 dans le Vaucluse, de 22 dans les Alpes de Haute-Provence et de 62 dans les Alpes-Maritimes. Là encore la déception est amère. Le fondateur du Laboratoire d’économie appliquée au développement Maurice Catin pense que l’activité économique régionale est peu importante à long terme. Le projet a pourtant prédit la création de milliers d’emplois. En Provence, les postes générés tournent entre 2 000 et 2 600, selon l’économiste et ancien vice-président de la région PACA Bernard Morel.

Le projet de GIP ITER

Au cours de son élaboration, le projet a négligé la considération des habitants. De plus, les élus du territoire ont failli dans l’élaboration d’outils d’accompagnement et d’anticipation de l’impact du projet. Le lancement d’un GIP ou Groupe d’intérêt public a été étudié. Un ensemble d’experts a été assigné afin d’enquêter sur sa faisabilité. Après la signature du décret du GIP ITER, les partis d’opposition se sont manifestés. Le président n’a pas été désigné et le GIP a été abandonné.

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ITER bénéficie d’un grand soutien financier

Malgré le risque d’une déception cuisante, ITER profite toujours de plusieurs financements. En effet, les principaux bailleurs réunissent : le Japon, la Corée du Sud, la Chine, l’Inde, les États-Unis, la Russie et tous les membres de l’Union européenne. Les investissements massifs sembleraient être un gaspillage au profit d’un projet voué à l’échec. Toutefois, l’engouement des acteurs politiques à l’égard du réacteur nucléaire expérimental et leur détermination inébranlable qui balaie toutes les critiques ne semblent pas intéresser les médias du monde.