Le glyphosate désormais interdit au Luxembourg : qu’en est-il pour la France ?

Au Luxembourg, l’interdiction définitive du glyphosate prendra effet dès la fin de cette année 2020, événement inédit sur le continent européen. Malheureusement, l’Hexagone, il devra encore patienter jusqu’en 2023 pour que ce produit nocif soit complètement prohibé sur le territoire.

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Le glyphosate, en voie de disparition au Luxembourg

D’après l’Organisation mondiale de la santé, le glyphosate compte parmi les herbicides les plus toxiques. Il est potentiellement cancérigène. L’année précédente, l’Autriche avait indiqué que ce produit serait banni pour la toute première fois au sein d’un pays de l’Union européenne, et ce, dès le mois de janvier 2020. Cependant, le gouvernement a choisi de ne pas donner suite à cette décision.

Mais au Luxembourg, semble-t-il, la suppression de ce pesticide sera réellement effective cette année. Il deviendra alors le premier pays européen à appliquer l’interdiction définitive du glyphosate dès le 31 décembre 2020.

Une grande première pour le continent européen

C’est une grande première pour l’Europe. Le 16 janvier 2020, le Luxembourg avait fait savoir qu’en vertu de l’accord du gouvernement qui remonte à 2018, l’usage de tous les produits phytopharmaceutiques à base de glyphosate sera désormais proscrit, à compter du 31 décembre 2020.

Voici une phase déterminante vers une approche durable en vue de l’emploi de produits phytopharmaceutiques respectueux de l’environnement. C’est ce qu’a précisé le ministre de l’Agriculture du Luxembourg, Romain Schneider, dans un communiqué.

Cette suppression irrévocable se déroulera en trois étapes. En premier lieu, l’autorisation de la mise sur le marché du produit sera retirée le 1er février. Ensuite, tous les stocks devront être écoulés jusqu’au 30 juin 2020. Enfin, l’utilisation du glyphosate sera totalement interdite au 31 décembre 2020.

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Jusqu’à ce jour, l’utilisation du glyphosate a cessé auprès de 60 % des exploitations agricoles. Au terme de l’année 2019, les exploitations agricoles du pays avaient droit à un dispositif d’indemnisations. Au départ, les primes pouvaient aller jusqu’à 30 euros par hectares pour les sols agricoles, tandis qu’elles étaient de 50 euros par hectares pour les plantations viticoles.

Josiane Willems, directrice du premier syndicat agricole du pays, juge ces primes trop faibles. Elle explique que le syndicat projette de réclamer des indemnisations pour les frais additionnels que le non-usage du glyphosate pourrait engendrer. Elle ajoute que pour les agriculteurs, cette décision est hélas problématique. Trouver des solutions viables et bénéfiques pour tous semble nécessaire.

Quelle est la situation pour le reste de l’Europe ?

Sur le continent européen, la licence d’utilisation de ce produit a un délai de validité jusqu’au 15 décembre 2022. Dans les pays de l’Union européenne, l’usage de ce produit suscite de multiples débats. Romain Schneider souligne le fait que le Luxembourg désire créer un effet de levier sur toute l’Union européenne, d’autant que d’autres pays, pour ne citer que l’Autriche, ont déjà entrepris des procédures identiques.

En réalité, en 2019, l’Autriche avait décidé d’interdire le glyphosate au mois de janvier 2020 sur ses sols. Le pays aurait alors été le premier du continent européen à bannir cet herbicide. Toutefois, le gouvernement s’est désisté en décembre 2019, en raison d’une erreur de procédure. Une proposition de projet de loi, en effet, aurait dû être étudiée à la Commission européenne, pour que les États membres aient la possibilité d’émettre des remarques.

Et pour la France ? Sur le territoire français, l’interdiction de se servir du glyphosate au sein des espaces verts est effective depuis 2019. Son usage dans un contexte non professionnel était également prohibé au début de l’année 2019. L’Hexagone s’est fixé comme objectif de réduire le plus possible l’emploi de ce pesticide à dater du 1er janvier 2021. Son utilisation serait définitivement arrêtée au 1er janvier 2023.

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Selon le gouvernement, se conformer textuellement à ces dates est encore difficile. L’agence sanitaire française avait déjà précisé au mois de décembre 2019 que 36 produits à base de glyphosate seraient retirés d’ici la fin de cette année 2020. D’autres pays d’Europe ont aussi suivi l’exemple de l’Hexagone. Aux Pays-Bas, en Italie ou en République Tchèque, l’interdiction d’épandre le glyphosate à proximité d’habitations existe depuis 2016. En Allemagne, son élimination irrévocable prendra date à compter de 2023.