Réchauffement climatique : le secteur viticole menacé

Le réchauffement climatique est un sujet qui a longtemps fait débat. On parle souvent de phénomènes naturels extrêmes pourtant, même la gastronomie pourrait être touchée. Selon une étude publiée le 27 janvier dans Proceedings of the National Academy of Sciences, 85 % des régions viticoles pourraient disparaître. La solution : diversifier les variétés de vignes cultivées.

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Des chiffres menaçants

Selon une étude menée par une équipe internationale de chercheurs dont notamment des représentants de l’Institut National de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, le secteur vinicole serait voué à l’extinction. Les raisins sont en effet extrêmement sensibles aux variations de température, selon les explications de Benjamin Cook, co-auteur de l’étude et chercheur à l’université de Columbia. D’après cette étude, quelque 56 % des régions viticoles du monde pourraient ne plus l’être d’ici 2100 dans le cas d’une hausse de température de 2 °C. Pourtant, une hausse de plus de 1 °C en moyenne a déjà été constatée aujourd’hui ; un chiffre qui peut aller à 3 °C-4 °C d’ici la fin du siècle selon les prévisions de l’Accord de Paris. À ce rythme, ce sont quelque 85 % des régions viticoles qui vont disparaître. Les pays méditerranéens tels que l’Italie ou l’Espagne seront les plus concernés par ce réchauffement, avec un recul de zone propice à 65 %.

La diversification des cépages, la solution

Dans cette étude, les scientifiques n’ont pas seulement exposé les problèmes, ils proposent également une solution pour réduire les pertes: remplacer les cépages d’aujourd’hui qui sont habitués aux températures clémentes par d’autres qui pourront se développer même sous de fortes chaleurs. Cette diversification pourrait réduire de 50 % les pertes dans les prédictions à 2 °C, mais d’un impact moins important pour le scénario à 4 °C. En effet, cela permettra de réduire les 85 % à 53 %. L’équipe s’est penchée sur 1100 variétés de cépages pour déterminer ceux qui pourront résister dans ces futures conditions climatiques. D’après les données recueillies après cette étude, quelque 11 variétés ont été sélectionnées parmi les plus populaires.

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Le mourvèdre et le grenache à l’honneur

En France, producteur de 17 % des vins consommés dans le monde entier, il serait possible de remplacer en Bourgogne le pinot noir par les cépages de mourvèdre et de grenache qui peuvent se développer même sous de fortes températures. Le mourvèdre pourrait également remplacer le fameux cabernet sauvignon et le merlot des vignobles de Bordeaux.

L’Allemagne, la Nouvelle-Zélande ainsi que le nord-ouest des États-Unis sont habituellement des zones de températures plus basses qui pourront tirer avantage des cépages de merlot ou de grenache. Le pinot noir ou d’autres variétés qui nécessitent des températures encore plus clémentes pourraient trouver refuge dans des endroits qui ne sont pas encore aujourd’hui destinés à la culture du vin. Toutefois, le scénario est tout autre avec l’Italie où les pertes sont inévitables puisque les variétés qui y sont travaillées aujourd’hui sont déjà celles qui résistent au mieux aux fortes températures.

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Des obstacles importants, mais surmontables

Cette transition ne fera pas sans obstacle. Les problèmes liés à l’aspect financier, culturel et juridique seront impossibles à contourner. Toutefois, selon Elizabeth Wolkovich, professeure à l’université de Colombie-Britannique, des discussions autour d’une nouvelle législation qui permettraient aux viticulteurs de changer facilement de variétés de cépages sont déjà en cours. Les viticulteurs devront apprendre les méthodes de culture de ces nouvelles variétés, ce qui représenterait toutefois d’importantes pertes de temps et d’argent. Ces changements auront sans aucun doute un impact important sur la qualité des vins. Certains devront peut-être trouver une nouvelle clientèle qui appréciera le goût de ces nouveaux vins. Quoi qu’il en soit, la meilleure solution à ce problème est de réduire au maximum l’émission de gaz à effet de serre pour atténuer le réchauffement climatique.