Rénovation énergétique : le gouvernement se lance dans une course aux chiffres

Le gouvernement a déclaré que la rénovation des logements est au cœur de ses préoccupations. Certes, la déclaration semble convaincante et séduit les particuliers férus d’économie énergétique. Toutefois, les estimations fictives sont vite dissipées par la réalité flagrante qui souligne l’absence d’une réelle avancée en matière de transition écologique et d’isolation des foyers.

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Un écart important entre les beaux discours et la réalité

Le chauffage conditionne la consommation énergétique de chaque foyer. C’est pourquoi l’isolation occupe une place prépondérante dans la transition énergétique. Selon la ministre de la Transition écologique et solidaire au cours de son interview concernant son objectif de rénovation de 500 000 logements, « plus d’un million de ménages réalisent des travaux de rénovation énergétique ». La ministre salue cette avancée majeure vers la sobriété énergétique des habitations.

Cependant, Jean-Baptiste Lebrun reste perplexe face à ces chiffres. Rappelons qu’il est le directeur du Cler – Réseau pour la transition énergétique et responsable de la fédération des collectivités, des associations et des entreprises en faveur de l’efficacité énergétique. Ce directeur constate une nette insuffisance dans les travaux. L’Ademe a récemment entrepris une enquête concernant l’écart entre les discours et la réalité sur la rénovation. Le résultat montre que seuls 5 % des travaux engagés sur 5 millions de maisons ont bénéficié d’un gain énergétique.

La course aux chiffres et ses pièges

Les travaux réalisés dans les foyers se réduisent à une isolation partielle, comme une isolation des murs ou des combles. Ainsi, les travaux globaux sur la maison entière sont inexistants. Cependant, une isolation complète est requise pour assurer l’efficacité énergétique. Jean-Baptiste Lebrun dénonce une course aux chiffres gouvernementale au détriment de la qualité des opérations. Pour preuve, les travaux de rénovation énergétiques de Nicolas Hulot en 2018 sont à peine entamés.

Les enjeux et les contraintes environnementales imposent cependant un rythme soutenu afin de parvenir à la neutralité carbone en 2050. Le délai implique une rénovation de l’ensemble des bâtiments construits avant 2012 afin d’obtenir la norme BBC. Pour parvenir à un tel objectif, la France doit compter chaque année plus d’un million de logements rénovés complètement. La réalité est tout autre, car il n’y a en ce moment que 200 000 à 300 000 rénovations annuelles.

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Les travaux d’isolation bafoués

Le dispositif d’isolation à 1 euro figure parmi les nombreuses subventions de rénovation. L’aide financière est soutenue par les CEE ou Certificats d’économie d’énergie. Ce dispositif est un moyen étatique d’inciter les fournisseurs d’énergie à collaborer et assister les ménages dans les travaux de rénovation. Toutefois, la qualité des opérations et des chantiers reste navrante. En effet, les malfaçons, les trous dans les tuyaux, les plaques coupées de travers ne représentent que quelques-unes des anomalies constatées après les travaux.

Soulignons que l’efficacité énergétique et l’isolation reposent entièrement sur la qualité des travaux dans leur intégralité. Dans ces conditions, les foyers ne profitent d’aucune économie d’énergie. C’est ainsi que la réalité reste très largement en deçà des attentes et des théories.

La qualité des travaux d’isolation n’est pas aux rendez-vous

Les particuliers ayant eu recours à l’isolation à 1 euro ont multiplié les plaintes concernant la qualité déplorable des travaux. Les opérations bâclées s’expliquent notamment par la course aux chiffres du gouvernement et des entreprises. Les fournisseurs d’énergie battent des records de vente de certificats afin de gonfler leur chiffre d’affaires. En fin de compte, ce sont les particuliers qui subissent les conséquences d’une mauvaise isolation thermique, donc d’une hausse considérable de leur facture d’énergie.

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D’après Gireg Le Bris, coordonnateur du réseau Rénov’Habitat en Bretagne, il existe un gouffre entre les économies d’énergie estimées sur le papier et les économies d’énergie réellement constatées.